ALICE AU PAYS DU SOLEIL LEVANT

par LODGESSE


Alice avait grandi. Elle était devenue une jolie femme. Ses cheveux s'étaient allongés, son corps s'était transformé mais son esprit vagabondait toujours autant. Il lui arrivait très souvent de retourner au pied de son arbre et d'y somnoler. Elle désirait en secret que le lapin blanc revienne lui montrer le chemin du pays des merveilles. Lorsqu'elle se regardait dans le miroir du salon, son image lui plaisait mais elle regrettait le temps où elle pouvait passer de l'autre côté et vivre ses aventures imaginaires.

Alice était devenue une chineuse professionnelle. Des antiquaires prestigieux de la capitale faisaient confiance à sa capacité de dénicher des objets insolites. Elle n'hésitait pas à voyager pour cela sur tous les continents. C'était sa façon de continuer ses pérégrinations. Pour chaque objet, elle établissait une fiche qui racontait son histoire et elle faisait des clichés. Un commanditaire parisien lui proposa de se rendre au Japon, car l'art contemporain japonais, peu connu en Europe, pourrait bien devenir un marché prometteur sous l'influence des mangas et de la vidéo.

Elle prit l'avion pour se rendre de l'autre côté du monde. Elle commença par visiter les musées. De Tokyo, elle se rendit à Yokohama. L'architecture futuriste de cette ville dont les volutes de fer entourent le musée d'art contemporain de Kenzo Tange lui rappela le terrier du lapin blanc et sa chute vertigineuse qui lui avait procuré tant d'émois fantastiques. Mais tout cela lui semblait bien froid, bien trop structuré. Elle se rendit à Kobe, la ville touchée par le séisme de 1995. L'épicentre se trouvait au cœur de la ville et le résultat des dégâts s'avérait prodigieux. Les bâtiments s'entrecroisaient, le vertical et l'horizontal se rejoignaient, le tout semblait lié par les fils haute-tension. Elle ne comprenait pas pourquoi cela la fascinait.

En baissant les yeux sur le sol amoncelé, elle découvrit à ses pieds une petite ficelle blanche. Elle la ramassa, la regarda attentivement. Un petit groupe d'enfants passa près d'elle et se mit à rire : " shibari, madame, shibari ". Elle n'eut pas le temps de leur demander ce que cela signifiait. Elle glissa la cordelette dans sa poche et reprit la route pour Tokyo. Il faisait nuit quand elle arriva à l'hôtel. Elle consultât son dictionnaire : " Shibari : art de ligoter quelqu'un. "

Elle avait faim et n'avait pas envie de dîner à l'hôtel avec les occidentaux, elle se rendit dans le quartier chaud de la ville, Shinjuku. Tout y était prévu pour le divertissement, bars à karaoké, boîtes de nuit, sex-shop, cinémas grandioses. La foule grouillante et riante entrait et sortait comme de diverses fourmilières. Elle s'engagea dans une petite rue perpendiculaire, et dîna de petites brochettes et de riz. Elle sortit la petite cordelette de sa poche et l'observa encore longuement. Les garçons qui semblaient ne pas l'avoir remarquée échangèrent des regards amusés. Celui qui lui apporta son thé vert, lui sourit : " shibari ? ". Ne parlant pas le japonais, elle acquiesça de la tête et répondit " oui ". Un homme âgé dînait à la table voisine.

" Bonsoir madame, lui dit-il poliment. Savez-vous ce que vous tenez dans votre main ? ".

Alice regarda encore la ficelle :

" Un shibari d'après ce que j'ai compris ; cela sert à ligoter quelqu'un. C'est un objet de torture ? "
" Non, Madame, répondit le vieil homme, c'est un objet de plaisir. "


Alice rougit, non qu'elle fût prude, mais l'homme avait eu une façon de prononcer " objet de plaisir " qui semblait littéralement la déshabiller. Il continua : " Le kimbaku est un art très ancien. Cette nawa que vous tenez est moderne, auparavant on utilisait des asanawa, elles étaient réalisées en chanvre. Je tiens un petit magasin à deux pas d'ici dans lequel je pourrais vous montrer divers objets et des photographies, si cela vous intéresse. "

Alice était aux anges, elle avait hâte de connaître cette pratique mystérieuse et prometteuse de plaisirs. Ils sortirent ensemble et marchèrent en silence. La boutique de l'homme n'avait pas l'aspect d'une boutique touristique. Elle semblait avoir été là depuis des siècles. Un bric à brac s'amoncelait dans un ordre chaotique. Ils traversèrent la pièce et l'homme souleva une grille métallique. Ils pénétrèrent dans une vaste pièce presque vide mais dont les murs étaient recouverts de photographies dont Alice ne distinguait pas encore ce qu'elles représentaient.

Des cordes de toutes tailles et de différents coloris pendaient, accrochées à des clous. Une grande toile blanche occupait le pan entier d'un mur. Dans la pièce, un appareil photo sur pied et une chaise d'évêque se trouvaient au centre. Un matelas en futon, une psyché et une penderie se cachaient dans le fond. Alice regardait tout cela dans la pénombre, elle redoutait le moment où un éclairage trop cru viendrait rompre le charme.

L'homme alluma des lampions et une lumière rouge, douce et sensuelle se diffusa dans la pièce. Une odeur de gardénia envahit les narines d'Alice. Elle se sentit bien, son corps et son esprit se détendaient. Petit à petit, ses yeux découvrirent les détails de la pièce.

Sur les murs, elle contempla des photographies traditionnelles de japonaises en kimono, des nus bon chic, mais aussi des images plus violentes. Cela rappela une des contradictions du Japon qu'Alice avait remarquée où s'embrasser en public est indécent mais où des images explicites s'affichent sans contraintes dans les rues.

Elle se posta, enfin, face à une photographie superbe qui représentait une japonaise assise au bord d'un lit très bas recouvert d'un drap de soie. Le yukata, kimono traditionnel de la femme était ouvert sur sa nudité, seule la large ceinture appelée " obi " entourait le buste sous les seins. Une corde blanche entourait la taille et le haut des seins, ce qui laissait imaginer que les mains étaient attachées dans son dos. La femme penchait légèrement la tête sur le côté, et les traits impassibles de son visage étaient relayés par la rondeur de son ventre qui exprimait un abandon délicieux. La photographie signée Nobuyoshi Araki était suivie d'un haïku :

"du matin au soir
chercher quelque chose à faire
la pluie n'a cessé"


Alice était fascinée. " Mon épouse, commenta le vieil homme. Elle est décédée en 1990. Elle avait 42 ans. Elle me manque. J'ai photographié d'autres femmes mais jamais avec le même plaisir. " Il attendit et reprit : " vous lui ressemblez, vous avez le même regard émerveillé. Accepteriez-vous de poser pour moi ? "

Le silence d'Alice le poussa à continuer : " Dans la tradition du kinbaku, lorsque que le maître indique son désir de ligoter son sujet, cela s'appelle Sybarite et lorsque le sujet désire être ligoté par le maître c'est le Shibararetai . Lorsque vous me donnerez votre nawa, ce sera le signe que vous acceptez. Et il s'inclina.

Le désir d 'Alice dépassait ses craintes, et c'est dignement qu'elle lui tendit la cordelette. L'homme s'inclina encore davantage et la remercia de sa confiance. Il lui proposa de choisir, dans la penderie, la tenue qu'elle souhaitait porter. Elle opta pour un collier de perles et des dessous simples mais d'un rouge gourmand. Elle se changea et l'homme l'invita à s'asseoir. Il alla décrocher plusieurs awana, les plus blancs qu'il put trouver. Il caressa la cordelette et la fit glisser dans sa main pour la réchauffer. Il fit parcourir la corde sur le corps d'Alice qui tressaillait à chaque frôlement jusqu'à ce que la corde apprivoise ses sensations de crainte.

Quand il sentit qu'Alice réagissait par plaisir, il saisit les extrémités de la corde, en entoura les épaules d'Alice, et la tendit dans une grande douceur. Face à elle, il s'accroupit et fit descendre ainsi la corde jusqu'au bas des reins de la jeune femme. Alice eut le réflexe de l'attraper dans son dos. Cet homme connaissait les moindres réactions provoquées par la corde. Il la regarda droit dans les yeux et lui dit avec beaucoup de calme :

" A présent, vous êtes prête ; laissez vos mains dans votre dos, ce sont elles que votre désir a choisi. Je vais faire un premier musubime, il s'agit simplement d'un nœud. ".

L'homme était un nawashi accompli, un véritable artiste de la corde. L'agilité de ses doigts, la sûreté de ses gestes, la douceur de sa voix qui expliquait à Alice chacune de ses intentions en étaient la preuve. Alice ne ressentait aucune crainte, au contraire, chaque lien provoquait en elle une assurance qu'elle ne se connaissait pas. C'est lorsqu'il pratiqua un shinju, un lien autour des seins que les émotions d'Alice prirent une autre coloration. Sa respiration se fit haletante, signe que son plaisir dominait toute pensée. " shinju signifie perle, précisa-t-il ; vos seins se prêtent à merveille à cette configuration ". Il lui demanda enfin de se lever.

" Le dernier shibari, que je vous propose, s'appelle le sakuranbo, ce qui dans votre langue désigne les cerises, je vais ligoter vos fesses et la corde passera par votre sexe. "

A cette évocation, l'excitation d'Alice décupla et ses reins se cambrèrent facilitant ainsi le passage délicat de la main de l'homme vers son intimité. Elle ne put réprimer un gémissement de plaisir.

L'homme approcha la psyché et Alice put contempler son corps ligoté de façon si savante et si érotique à la fois. Il prit ensuite de nombreux clichés de son sujet, assise, sur la chaise d'évêque, une chaise en métal, au dossier très haut puis allongée sur le matelas, et enfin, debout face au miroir. Alice et l'homme prirent beaucoup de plaisir à ce partage. Les premières lueurs de l'aurore mirent fin à cette nuit d'un charme si particulier.

Alice prit son avion pour l'Europe le jour même. Quand son commanditaire lui demanda ce qu'elle avait rapporté, elle sortit de sa poche le petit bout de ficelle blanche.

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